
Des parades à une crise mondiale ?
- baptistelegagneux
- 13 nov.
- 5 min de lecture
Des signes avants coureurs
Plus le temps passe, plus ces sujets divisent : sommes-nous au bord d’une crise financière ? La bulle de l’IA existe-t-elle ? Deux opinions subsistent, chacune avec ses arguments. L’IA est certes l’invention la plus prometteuse de l’Homme, mais peut-être aussi la dernière. Nous ne créons pas un outil révolutionnaire comme la machine à vapeur ou Internet, mais la pensée humaine elle-même. Les avancées dans ce domaine vont plus vite que la société. La folie des grandeurs des géants de l’IA prend des proportions incontrôlables, aussi bien en termes de sécurité et de gouvernance sociétale qu’en termes de sagesse financière. C’est là que le sujet devient intéressant.
En effet, OpenAI affiche une performance nette de –13,5 milliards de dollars pour 4,3 milliards de revenus, et pourtant elle cherche à être valorisée à 1 trillion de dollars lors d’une future entrée en bourse d’ici 2027. Amazon compte investir 126 milliards dans la construction de data centers d’ici 2026 ; pour Meta, c’est 600 milliards d’ici 2028 ; pour Google, 6,4 milliards uniquement en Allemagne récemment ; pour Apple, 600 milliards sur 4 ans. Bref, un engouement extrême poussé par la compétition avec la Chine, le forcing de TRUMP et la promesse d’une révolution jamais connue. Simplement, selon une étude du MIT, 95 % des entreprises développant des outils IA ne génèrent aucun revenu. De plus, les revenus totaux générés aux États-Unis ne sont que de 41 milliards. Ce constat indique qu’il y a effectivement une adoption massive de ces nouvelles technologies, mais des business models peu stables à l’heure actuelle.
D’un autre côté, les financements sont complexes et circulaires. Nvidia investit 100 milliards dans OpenAI à condition que celle-ci n’achète ses GPU que chez Nvidia. C’est comme dire : « Je te donne 10 euros pour ton stand de limonade, mais tu m’achètes 10 euros de citrons ». Wall Street compte 20 euros, mais en réalité 0 euro n’est créé. Ces investissements dans l’IA ont dépassé les dépenses totales des consommateurs américains, alors que jusqu’ici, le moteur de l’économie était la demande. Celui-ci devient désormais les 7 plus grandes entreprises américaines, représentant 37 % du S&P 500, brûlant du cash entre elles. Autrement dit, l’économie américaine repose sur une dépense insensée déguisée en productivité. Vous pouvez voir ci-dessous un schéma représentatif :

Les indicateurs historiques sont là aussi pour le confirmer. La courbe des taux de rendement des obligations du Trésor américain, par exemple, affiche des taux plus élevés pour des durées de maturité courtes que pour des durées longues, ce qui indique que les investisseurs institutionnels sont de moins en moins confiants quant à l’avenir de l’économie. En effet, dans une économie « stable », les taux sont plus élevés lorsque la durée de maturité est plus longue, ce qui est compréhensible. Les bons du trésor américains sont des titres obligataires que le gouvernement américain émet sur les marchés financiers permettant de prêter de l’argent en échange d’un remboursement avec des intérêts à celui qui les achète. Plus le taux est élevé plus les investisseurs pensent que le pays n’arrivera pas à rembourser ses intérêts à échéance du titre. Vous voyez ci-dessous la courbe des taux des bons du Trésor américain à date :

Cette courbe est très regardée par les analystes financiers et est généralement le principal indicateur d’incertitude sur les marchés.
Les marchés ne s’effondrent pas dans la peur, mais bien dans la confiance. Aujourd’hui, tout va bien car les « Magnificent 7 » représentent 37 % du S&P 500 et font gonfler leurs valorisations à coups de deals circulaires vertigineux. Néanmoins, lorsque l’euphorie se sera dissipée, due au temps nécessaire avant que ces technologies n’atteignent leur maturité et ne génèrent de la productivité, il ne restera que des emplois vacants, une baisse du pouvoir d’achat, des méga data centers surdimensionnés et des foyers sans électricité car celle-ci sera pompée pour alimenter les data centers.
Cependant, certains actifs, hormis l’or sur lequel j’ai déjà écrit un article, demeurent protégés des crises.
Des remèdes peu connus
Lorsque le moral des habitants est au plus bas, que les marchés sont en baisse et que le chômage est à son paroxysme, les produits essentiels apparaissent comme des bouées de sauvetage pour les investisseurs. En effet, le lait, les produits d’entretien, le papier toilette, le savon connaissent leurs meilleures performances lorsque les temps sont durs. Les biens de consommation de base sont de véritables refuges pour l’être humain en temps de crise, et les industriels le savent.
Des entreprises comme Walmart (WMT) et Dollar Tree (DLTR) sont des leaders dans le secteur de la grande distribution aux États-Unis. Lors de crises financières, ces entreprises ne voient pas leurs valorisations chuter ; elles vont même jusqu’à surperformer : +16 % pour Walmart et +78 % pour Dollar Tree fin 2008, quand le S&P 500 affiche une performance négative de –35 % sur la même année. Ce constat reste le même pendant le COVID-19 en 2020, pendant l’éclatement de la bulle Internet en 2001 et pendant le krach de 1987. Ces deux géants capitalisent sur les besoins primaires de l’être humain en plus de proposer des prix concurrentiels.
Walmart (WMT), Costco (COST), Dollar General (DG) et Dollar Tree (DLTR) affichent une performance moyenne de 33 % depuis 1 an (à date), tandis que le S&P 500 est à 14 % sur la même période. Les revenus sont stables et le business model solide. Ces géants sont voués à prospérer.
Des ETF regroupant des entreprises de distribution de biens de consommation incluent aussi les distributeurs de tabac et d’alcool. Ces deux secteurs apportent aux consommateurs des produits très consommés en période d’inquiétude et de crise. Ce sont donc des actifs qui méritent tout autant d’attention. On peut citer Altria Group (MO), ancienne maison mère de Philip Morris et maintenant de Marlboro, ou encore Diageo (DGE), possédant Guinness ou Smirnoff.
Du bon sens
Il n’y a pas énormément d’analyses et de recherches à faire pour comprendre que les biens de première nécessité sont pris d’assaut lorsque le monde tremble un peu. Les chaînes d’information le relaient très bien et les grands distributeurs s’en réjouissent. En France et en Europe, rien ne diffère : les grands groupes du secteur apportent presque les mêmes services qu’aux États-Unis et les revenus augmentent de la même façon. Nous en venons au bon sens de l’investissement : si l’on voit un restaurant affichant complet tous les soirs, c’est que ses revenus vont sûrement augmenter et son action aurait de grandes chances d’augmenter elle aussi, dans le cas où celui-ci serait coté en bourse.
Pour finir, les marchés sont à surveiller. Une crise financière n’est pas forcément dans les papiers à l’heure actuelle, mais il faut rester objectif et rationnel. L’or et les biens de consommation primaires seront toujours là dans 10 ans : ils comblent des besoins essentiels à une civilisation, et cela rassure n’importe quel investisseur.

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