L'or, plus qu'une valeur refuge ?
- baptistelegagneux
- 4 nov.
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Rappel historique
Les plus anciens artefacts d'or remontent au Ve millénaire av. J-C en Bulgarie. En Chine, en Inde, en Égypte ancienne, partout dans le monde l'or a toujours eu de la valeur aux yeux de tous. D'abord comme simple stockage de valeur, l'or a pris ensuite une place de moyen d'échange de valeur entre les Hommes. Dans un monde où l'échange de biens comme des coquillages ou des animaux règnent, les premières pièces d'or vont être frappées au VIe siècle av. J-C dans l'actuelle Turquie. L'or a alors un double rôle en tant que moyen de stockage de valeur et en tant que monnaie d'échange, il remplit effectivement les critères que l'on attend d'une monnaie : c'est un moyen d'échange, une unité de compte (10g d'or en France valent autant que 10g d'or en Chine), il est transportable, durable, divisible et fongible. En revanche, l'or possède des caractéristiques qui limitent son usage, pour les échanges importants et sur une longue distance l'or est trop lourd et pour les petits échanges, l'or est difficilement divisible en valeurs précises.
Pour pallier à ces contraintes, nous avons intégré un système fiduciaire basé donc sur la confiance avec de la monnaie "papier". Au départ, un billet était une simple note, un reçu pour indiquer que nous avions cette valeur en or déposé dans un coffre. En d'autres termes, un billet de 20 dollars correspondait à 20 dollars d'or que nous pouvions retirer à tout moment. Puis nous sommes passé à 40% donc un billet de 50 dollars correspondait à une valeur de 20 dollars en or dans un coffre. Puis nous sommes passé aux accords de Bretton Woods qui indexait la grande majorité des monnaies mondiales au dollar américain. Et aujourd'hui, aucune monnaie au monde n'est indexée à l'or, autrement dit chaque billet est entièrement controlé par les banques centrales qui décident, à leur bon vouloir, d'en imprimer plus ou moins. Ce contrôle de la quantité de monnaie en circulation est la cause de l'inflation ou la déflation. Cette décorrélation incite les états à s'endetter encore plus sans grande conséquence pour eux.
La dé-dollarisation
De plus en plus d’autorités monétaires manifestent leur volonté de réduire leur dépendance au US dollar : selon la J.P. Morgan, la part du dollar dans les réserves des banques centrales est descendue à un niveau historiquement bas depuis vingt ans. Parallèlement, les chiffres du FMI (Fonds Monétaire International) indiquent que la part du dollar parmi les réserves de change officielles a décroissé d’environ 70 % en 2000 à moins de 55 % aujourd’hui. Cette dynamique s’explique notamment par le désir de diversifier les actifs-réserves, de limiter l’exposition aux sanctions américaines et de renforcer l’autonomie monétaire des nations. Bien que le dollar conserve encore une position dominante, le mouvement vers d’autres devises, mais aussi vers l’or et les règlements bilatéraux hors dollar comme le font les BRICS, suggère un changement structurel progressif de l’architecture monétaire internationale.
Coté performance, le dollar a perdu 10% de sa valeur face aux autres monnaies mondiales uniquement sur l'année 2025, autrement dit, si votre investissement sur une entreprise cotée en dollar a gagné 15% de valeur depuis le début de l'année, la plus value ne sera que de 5%. Plus large encore, le dollar a perdu 99% de pouvoir d'achat depuis 1900. Un phénomène que les autres états ont obsversé. En effet, non seulement les États-Unis deviennent moins attractifs mais en plus l'or n'étant coté qu'en dollar, une dépréciation du billet vert indique une plus forte valeur de l'or.
Depuis 10 ans, la Chine a remplacé un quart de ses bons du trésor américain par de l'or. L'Inde et meme l'Irlande font de même. Les pays du globe ne font plus confiance au dollar et veulent retrouver leur souveraineté économique dans un monde régit par les échanges commerciaux.
Ce rebattement de cartes passe par une augmentation des réserves d'or conséquente pour chaque pays. Ci-dessous, une représentation des plus gros acheteurs d'or en 2025.

Coté décisions, la FED (banque centrale américaine) décide encore et toujours d'augmenter la quantité totale de billets en circulation. En effet, la masse monétaire M2 (qui inclut la monnaie liquide, les dépôts à vue, les comptes d’épargne, etc.) est repartie à la hausse : elle a atteint un niveau record d’environ 22,2 trillions de dollars en septembre 2025 soit près de 5% d'augmentation depuis septembre 2024. Pour rappel, plus la quantité de monnaie en circulation augmente moins un billet dans votre poche a de valeur. Récemment, une baisse de 0,25 % de ses taux directeurs, une addition de 125 Millards de dollar via "reverse repo" (contrat dans lequel une partie vend des titres à une autre partie et s’engage à les racheter à une date ultérieure pour un prix supérieur) dans l'économie américaine en 5 jours, la fin de son programme de Quantitative Tightening (lorsque la banque centrale réduit ses actifs ou laisse des titres arriver à maturité sans les remplacer, afin de retirer de la liquidité du système économique), d'ici début décembre, sont des signes que l'économie américaine va continuer de s'enflammer et de sortir la planche à billets en faisant gonfler la dette nationale.
Le dollar n'est pas la seule monnaie qui est en perte de régime, l'euro, bien que récent est lui aussi en déclin silencieux. En effet, la monnaie européenne a perdu plus de 30 % de son pouvoir d'achat entre 2000 et 2020. Dans l'histoire, toutes les monnaies fiduciaires sont tombées à 0, toutes sans exception : aucune monnaie fiduciaire n’a survécu. Pourtant, nous pensons que celles actuellement utilisées feront exception.
Un déclin réel des monnaies "papier" entraîne une perte de confiance et une fragilité dans le système monétaire mondiale qui va pousser les institutions comme les particuliers à protéger leur capital dans un actif qui a de la valeur depuis des millénaires, l'or.
Une crise prochaine
Précédemment, nous parlions d'une injection de 125 Millards de dollars dans l'économie américaine, cette décision n'est pas anodine, c'est un réelle signe de peur. Tous les indices américains sont au plus haut (ou presque), les entrées en bourse se multiplient, les entreprises touchant de près ou de loin à l'IA signent des contrats entre eux à plusieurs milliards, des effets de levier se multiplient sur tous les marchés financiers, l'euphorie des investisseurs se poursuit et compte bien atteindre des sommets. Les 125 Millards sont plus que nécessaires si l'on regarde la hauteur de la dette mondiale. Les banques peinent à se financer entre elles et le manque de liquidités sur les marchés commence à se faire ressentir.
Comme dit précédemment, la bulle de l'IA pourrait bien etre un catalyseur de cette crise mondiale, des contrats à plusieurs millards sont signés par les meme grandes entreprises sans revenu concret ou du moins à la hauteur des investissements. Certes, l'intelligence artificielle est une vraie révolution et va changer le quotidien de tous mais il ne faut pas oublier la bulle d'internet où une entreprise prenait en valeur simplement en rajoutant ".com" à son nom. Par exemple, OpenAI veut dépenser plus de 1,4 Trillions de dollars pour développer sa capacité de calcul en étant valorisé qu'à 500 Millard à l'heure actuelle. Ces investissements ne sont financables que par de la dette, simplement une dette doit être payé un jour ou l'autre.
Un point important à souligner est la hausse du taux de chômage causé par l'IA, de grands acteurs comme Amazon, Microsoft ou Ups ont annoncé de sérieuses coupures d'effectifs et les avancées de l'intelligence artificielle ont pour conséquences directes la suppression d'emplois notamment sur les tâches répétitives. Jusque là, pas d'emploi indiquait pas de productivité et donc une économie en baisse, sauf qu'aujourd'hui c'est différent, les nouvelles technologies vont assurer la productivité. Sans emploi et donc sans revenu, la consommation mondiale va nettement diminuer en se recentrant sur les besoins primaires.
Une baisse de confiance dans les marchés monétaires, de la dette qui s'accumule trop rapidement autant pour les particuliers que pour les banques, une révolution mondiale couteuse qui va mettre du temps avant de générer des revenus stables, des taux de chômage qui vont s'accroître, des tensions géo-politiques accrues, autant de bonnes nouvelles indiquant qu'il faut encore une fois protéger son capital avec l'actif qui a traversé les époques sans perdre d'attrait, l'or.
Un nouveau monde
Dans la conjoncture mondiale actuelle, l'or devient plus qu'une valeur refuge mais bien un symbole de liberté et d'indépendance. Les marchés financiers se sont bâtis sur l'or et de sa valeur, mais plus le temps passe et plus cette corélation s'évapore. Le monde est au bord d'un grand changement économique, et, pour rappel, il y a eu 4 grands systèmes monétaires mondiaux qui ont duré entre 27 et 45 ans chacun, or notre système actuel en est à plus de 50 ans d'existence. Beaucoup de signaux sont présents pour indiquer qu'un nouveau monde monétaire se prépare mais que cette fois-ci les acteurs seront partout dans le monde. L'or a connu un récent gain de valeur mais cela n'a rien à voir avec de la spéculation, les banques centrales se préparent et l'or va jouer un rôle crucial dans le monde de demain.
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